Live Report de Hype Williams au Kreun de Kortrijk
le lundi 16 mars 2012
Comment ça vous n’entendez plus rien de neuf et tout a déjà été fait ? Fermez vos pamphlets de quarantenaires et brûlez tous les adolescents rétrogrades, rien de mieux qu’un bon auto-dafé pour faire le tri. La musique est aujourd’hui un brûlant vivier de poésie contemporaine : son lexique se réinvente sans cesse et chaque ramification nouvelle donne naissance à des néologismes plus intrigants les uns que les autres. Je ne suis pas du genre à rester regarder quand quelque chose se passe et j’aimerais aujourd’hui apporter ma pierre à l’édifice.
Hype Williams est un trio qui collectionne les malaises biographiques. Le groupe fantôme, qui a quelques temps laissé planer des rumeurs à son sujet, se produit désormais sur scène laissant deviner la nature de sa formation et de ses compositions. Ou plutôt pas d’ailleurs. Doit-on croire que le nom soit en référence direct au réalisateur homonyme de vidéos ? Car il y a du hip-hop chez Hype Williams. Mais un hip-hop définitivement ankylosé du côté de notre trio. Quel musique alors ? Entre drones, boucles et samples, de la noise à l’ambient, j’ai décidé d’éviter l’angoisse lexicale en rebaptisant leur son « gutter pop ». Echec : opérant en plagiat par anticipation, un internaute avisé avait déjà utilisé la brillante association.
Car un lundi soir à Courtrai, à l’ombre d’une fête foraine post-apocalyptique, Hype Williams nous a mis la tête dans le caniveau. Dean Blunt est assis dans un coin en commande, Inga Copeland pose sa voix, faisant office de sample plus que de réelle mélodie et un troisième homme masqué arpente la salle. La musique est mal définie, aucun rythme ne domine, la lumière est basse, la salle quasiment vide et l’ambiance lourde. Il n’y absolument aucune limite et aucun repère : en marge (Gutter pop, vous saisissez ou je vous fais un dessin de trottoir?). Le badaud fictif correspond à cette ambiance de banlieue jusqu’à ce qu’il ne s’empare du micro pour rapper. On sent qu’on assiste un peu à une expérience, un happening contemplatif qui ne serait pas même un argument de vente. Quarante minutes subitement interrompues et sans rappel. En somme on est allé en concert, au ciné et au musée en même temps. Mais sans le divertissement. Et c’était bien.

