Concert – A Place To Bury Strangers – De Kreun – le 5 mai 2012
Il y a à peine deux ans, Oliver Ackermann répondait à quelques questions au sujet de la destruction de guitare. A l’époque, je rédigeais un essai en philo de l’art. Le sujet était la manière dont l’art se réfléchissait avec ses propres moyens. Mon hypothèse était que l’acte de destruction des instruments, manifestés historiquement de diverses façons, interrogeait le rapport du musicien avec son matériel et ainsi les limites de l’interprétation. Se prêtant au jeu, Ackermann avait accepté de se pencher sur un geste pas nécessairement réfléchi. Typiquement, ce genre de réflexion philosophique s’attache moins aux intentions de l’acte qu’à ce que celui-ci peut signifier à posteriori.
Depuis, il y a eu un nouvel album introduit par un brillant EP où le bruit d’APTBS hésite de manière toujours plus pertinente entre saturation et mélodie. C’est peu de dire que j’attendais ce concert comme un des rares qui, parmi l’offre toujours plus abondante, signifiait beaucoup pour moi, et à plus d’un titre. Et pourtant, voir Ackermann rejeter violemment sa belle au bout de la 3° minute n’a provoqué chez moi rien de plus qu’un vague sourire désabusé : déjà ?
Le concert reste tendu entre événement et routine. Évènement pour nous, routine pour eux. Tristement, même nous sommes du côté de la routine et la projection qui résout le paradoxe n’opère plus. Peinture écaillée : le regard de chien battu d’Ackermann sent l’excuse à peine convaincue pour le faux happening. La voix ne hante même pas, on est loin des promesses renouvelées d’Onwards To The Wall. Et puis, et puis … A défaut d’être puissante, l’interprétation devient pesante. Dion Lunadon joue de la basse comme on joue de la guitare. La tension brumeuse envahit l’espace et tout vient s’y fondre. Au bord de l’orage mais il ne se passe rien. Un Ackermann, peut-être, en fin de concert, penché dix minutes durant entre répétition et rituel. Amen !
