Amon Total ou Amon Tobin et le wagnérisme
Amon Tobin – ISAM live le lundi 14 mai à l’Aéronef de Lille.
Après quasiment un an de tournée pour son live ISAM, Amon Tobin venait présenter son imposant dispositif d’animation à L’Aéronef de Lille pour un concert complet et très attendu.
Dans le cadre de la promotion du projet, une vidéo reprend les « impressions » des spectateurs au sortir du concert. D’un point de vue technique, idéologique et social, la musique est probablement l’art dont le jugement se rattache le plus à la notion d’expérience. Et si, certes, une écoute immergée de certains chefs d’oeuvre d’Amon Tobin (Bricolage, à mon sens et d’un seul tenant) peut se révéler une expérience renversante, l’univers du brésilien est plutôt cérébral.
Preuve s’il en faut, une première demie heure relativement … chiante. Du point de vue musical. En revanche, le spectacle visuel était effectivement époustouflant. De l’utilisation de l’espace en 3D par la sculpture à la brillante mise à contribution des lumières, la grandeur opère comme un élargissement des possibles. Aussi l’animation puise-t-elle dans ce gigantisme futuriste. A mi-chemin entre l’esthétique oppressante des utopies post-industrielles (éléctro et science fiction = coeur) et la délicate suggestion d’un univers poétiquement oragnique (gloire et décadence du cosmos). A la déconstruction angoissante du rythme répond le spectacle d’animation démiurge. Amon total: un bon gros coup de bulldozer dans l’activité automatisée du concert. Sur ces ruines, les rythmes reprennent et contrôlent. Une dernière demie-heure réconciliée.
Qu’en est-il de l’expérience ? La grande salle de l’aéronef complète a eu raison de mes 1m60. J’ai pu admirer les effets sur l’écran d’iphone de l’infâme type devant moi qu’une crampe au bras droit ne semblait pas inquiéter, même après une heure. Mais ça c’est une autre histoire … Le moment est gênant, je ne me sens pas l’âme d’une Baudelaire à l’heure du Tannhauser numérique mais il y a dans le projet d’Amon Tobin une ambition émouvante et soutenue par une véritable radicalité musicale. De son oeuvre total, rien ne peut être extrait et ISAM Live sans Live n’aurait plus aucun sens.
