Soirée Madchester @Lacaveauxpoètes (Roubaix) le 21 septembre 2011

 

      Manchester. Il y a une ville en Angleterre, une ville un peu mythique comme ça, qui a donné naissance à des choses comme The Smiths, The
Fall
ou encore Joy Division. Il y a une ville, en Angleterre, qui s’est forgée une histoire, à coup de légendes bien incroyables, de l’Haçienda à Factory Records. Ce
sont les acteurs de cette scène, justement, qui l’ont surnommée Madchester. « Madchester Rave On » d’après les Happy Mondays. Ecrire d’un groupe, quelque chose du type
– à tout hasard – « les mancuniens de Wu Lyf », revient quasiment à faire passer les-dits rejetons directement au Paradis, sans même passer par le Purgatoire. Comme si
Florence n’avait qu’enfanté des Dante, « Madchester » devient une super étiquette pour tous ceux qui rêvent de connaître avant tout le monde les futurs Oasis. Oups …
New Order, pardon ! Hop, hop, hop : voilà comment vendre trois soirées à Paris, Rennes et Roubaix.

 

     Antilles n’a donc, a priori, rien à voir avec cette scène, si ce n’est un vague patronyme géographique se donnant des airs d’exotisme. Disons
qu’Antilles n’a globalement rien à voir avec rien, au sens désespéré du décalage. Retirez le mauvais batteur, le faux guitariste et par la même occasion, le troisième membre du
groupe, franchement inutile, et vous obtiendrez un très bon groupe. Inexistant, mais bon.

 

P1110277       Water
Signs
fait dans l’économie de moyens avec deux membres : un pour la musique et un pour le show. Quelques morceaux ont circulé sur internet, dont un These Weapons
suffisamment efficace pour attiser la curiosité. Le musicien, entre un ordinateur et un synthé, plante des rythmes habiles tandis que son acolyte de chanteur se tente à du Ian Curtis, ce qui est
une plutôt mauvaise idée quand on n’a pas la voix de feu le chanteur … mancunien. La prestation, sans convaincre définitivement, a au moins le mérite de se chercher, d’amuser et de continuer à
intriguer.

 

 

 

      On s’est tous un peu demandé ce qu’était devenue la Witch House, un temps portée sur la scène comme le nouveau mouvement musical. Du moins, un mouvement musical,
car il n’était pas certain que tous allaient adhérer à la maison hantée, celle où la house la plus lugubre était exécutée sans la moindre émotion. Jack Donaghe évoquant ses jeunes années de
prostitution P1110294pour payer sa cam’ sans sourciller
semblait avoir pris à contre-sens l’attitude Emo : des croix, des madones et des cimetières mais surtout ni sourire, ni larme. On a vu alors, des prestations scéniques liquéfiées et une
foule de nouveaux groupes au visage de jeunes filles frêles, éteintes, presque défuntes (White Ring, Modern Witch). Et puis plus rien …

     Christian Aids partait pas trop mal avec un nom mentionnant doux jésus. C’était sans compter sur l’association évoquée qui, procès à l’appui, contraint
le combo à se muter en … Stay+. Rien de positivement enjoué poP1110304urtant, dans la musique du quatuor, plus proche de l’exorcisation. Stay+ surprend en effet par la dramatisation outrancière de sa musique.
Loin de voir dans l’exécution une fatalité, les membres réexploitent tous les codes du genre : les deux musiciens arborent une large croix sur leur T-shirt, la chanteuse imprègne le set de
sa présence fantomatique tandis que le chanteur arpente la salle de ses hurlements désespérés. C’est surtout la scénographie qui accapare l’attention du spectateur : une large toile, qui
cachP1110308e presque tous les membres et sur laquelle
sont projetées plusieurs vidéos pendant et entre les morceaux. D’abord mal à l’aise (une jeune femme parle longuement du cadavre de son chat avec lequel elle dormait – le cadavre), le publuc
s’abandonne progressivement au fou rire (des plans répétés sur des léchouilles lascives de gros orteils). Le groupe fait-il dans l’humour Tron ?

     Tantôt dérangeante, tantôt stupéfiante, la performance, finalement très courte, se solde sur l’impression d’une expérience résolument différente. En cela, la Cave aux
Poètes, qui inaugurait par cette soirée, sa nouvelle saison à venir est un lieu absolument rafraichissant sans céder à l’apanage de la marginalité en voie de boboïsation. La taille et l’ambition
de la salle offrent au public la chance de voir des groupes pas nécessairement achevé ni convenu mais ambitieux. Lorsque Stay+ quitte la « scène », la salle s’est
quasiment vidée et les regards des survivants se croisent, pétillants.