VILLETTE SONIQUE 2012

vendredi 25 mai – mardi 25 mai

« I’d rather have a hundred thousand or a million people saying I’m nuts and I’m crazy for my musical choices and what I’ve said lyrically, than a million people all raising their hand on the first day. »1

Chuck D. (Public Enemy)

     C’est très précisément par cette citation que s’ouvre le livret de Villette Sonique. Quitte à paraphraser, cette accroche n’est rien d’autre que le refus du succès comme gage de qualité artistique. Non pire, c’est préférer l’incompréhension, y voir comme une preuve d’insoumission et donc de franchise. Cela signifie deux choses. La première que le jugement artistique n’est plus inféodé à la reconnaissance publique mais soumise par équation inverse : je ne suis poète que si maudit. La seconde, c’est que dès les premiers concerts de Villette Sonique, on a été inquiets, très inquiets. Mais les prises de risques absolument courageuses de la programmation ne sont pas uniquement défendues par cette politique pseudo-élitiste. La vraie force de ce festival, c’est de proposer des concerts gratuits. A-llo ! Ariel Pink et R. Stevie Moore en gratuit … à Paris … au soleil ! A-llo les gens !

     Un lancement un peu difficile avec une première soirée hip-hop pas franchement transcendante. La promesse MF Doom se réduit finalement à deux MC, aucun DJ et une vague impression d’imposture à voir tous ces petits blancs à qui on a expliqué le rap avec le manuel Pitchfork. Dieu merci, il y a Flying Lotus, même si les moments d’excellence de Cosmograma ne trouvent aucun égal dans la grande halle de la Villette. On attendait une présentation de son prochain album, FlyLo opte au contraire pour un zapping accéléré qui mêle ses compos déjà connues, quelques improbables tubes et des perles intrigantes qu’on espère retrouver bientôt sous son nom.

     Rien à signaler pour le samedi. Quelques rendez-vous manqués peut-être, il faut parfois choisir et la soirée bass au Cabaret Sauvage s’est révélée mitigée. Un moment de perfection néanmoins, autour de 19h30 quand après une journée d’éblouissante chaleur, The Field pulvérise l’hypsomètre du bonheur. Le soleil se couche, une pression dans la main droite, les pieds dans la pelouse : The Field n’a jamais aussi bien correspondu à ce qui se passait dans nos cœurs, corps et cerveaux !!

     Le dimanche, enfin, fut plein de surprises. On retiendra le très attendu live d’ I:Cube en fin d’après-midi. Après avoir fait à peu près toutes les activités essentielles au corps humain en écoutant M Mégamix, je peux désormais vous affirmer que cet album est absolument essentiel. Avoir la chance de voir Nicolas Chaix bidouiller son électro-house faussement mathématique revient donc à enfoncer une porte ouverte. Mais quelle porte ! Aussi attendus, presqu’aussi brillants, les shoegazers de The Soft Moon. Menés par Luis Vasquez, le quatuor relève le défi de dépoussiérer une équation vieille de 30 ans, sans choisir vraiment entre le rythme et la torpeur. Envoutant.

     Incapable de mettre fin à ce weekend troublant, on revient le mardi au Trabendo pour une Julia Holter un poil décevante. Que cela soit du à sa froide timidité, au lieu (une musique qu’on écouterait bien dans un bon gros fauteuil) ou aux circonstances (ce n’était visiblement pas son ingénieur son ce soir là), les subtiles merveilles d’Ekstasis ne parviennent pas vraiment à opérer. Paradoxalement, Julia Holter est de ceux qui mobilisent un orchestre pour enregistrer le silence. Mais ce soir-là, elle semble réduite à être vocaliste et ce n’est pas par cela qu’elle nous avait charmés. Peaking Lights est en revanche en grande forme et pour peu qu’on trouve l’endroit du Trabendo ou leur dub rêveuse nous saisit à la poitrine, le concert devient saisissant. Le couple propose même une chanson jamais jouée ensemble auparavant. Fais péter la cassette coco ! Et c’est bingo. Pour dire comme les guide de consommation de la fnac : la bande-son de l’été !

Agenda Agité #9 – Villette Sonique

1« Je préférerais avoir cent mille ou même un million de personnes qui me disent que mes choix musicaux et ce que je dis dans ms paroles font de moi un fou et cinglé plutôt qu’un million de personnes qui approuvent la main levée dès le premier jour. »